Publié le 21 Août 2014

J le retour du guerrier

" La grande aventure, c’est de voir surgir quelque chose d'inconnu, chaque jour dans le même visage. C’est plus grand que tous les voyages autour du monde."

Alberto Giacomettide

Bien, je vais donc scruter le mien pendant les douze semaines à venir.

C'est arrivé comme ça, sans que je m'y attende...

J'avais rendez-vous afin de faire le point sur la stratégie à adopter pour faire comprendre à Toto, qu'après près de 30 ans de squatte, il était plus que temps qu'il aille voir ailleurs si j'y suis.

Les grands ados sont comme ça, il faut leur rabâcher les mêmes choses en permanence.C'est usant.

Comble de déveine mon Tanguy à moi est maso.

Il a déjà reçu 3 raclées et il s'en fiche. Il reste là, il me bouffe, me nargue et répond avec arrogance : « Même pas mal ! »

En attendant , c'est moi qui trinque, et pas à ma santé !

Après 10 minutes d'un échange concis, clair et pertinent, ce mardi 19 août, les mots les plus rassurants furent prononcés:

-Dans votre cas de figure c'est simple, une seule solution, on laisse tomber les vieux bazookas et on utilise les nouvelles roquettes à la pointe de la technologie.

Précises, simples d'utilisation, pas de vibrations ni de remous, tu vises, même à côté, ça cherche tout seul et ça cogne...Waouh...

Moi qui perds toujours mes lunettes ...Quelle bonne idée !

-Quand désirez-vous commencer les hostilités ?

-Bah, c'est tellement tentant, au plus vite !

-Voici votre ordonnance, l'armurerie est au rez de chaussée, à vous de jouer.

Après les examens nécessaires et obligatoires, validée" bonne pour le service" , je repartais avec mon artillerie répondant aux noms de Sofosbuvir et Simeprevir.

Trois jours que ma force de frappe est en action, en toute discrétion.

C'est propre, aucun gravats, pas une poussière qui ne vienne enrayer mes neurones, la grande classe. Pegasys et Copegus devraient en prendre de la graine !

Quant à moi, je tiens le miroir, j'ai que ça à faire, je scrute, je scrute, si c'est pas de la belle aventure...

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Publié le 30 Septembre 2013

J On s'en fiche, c'est plus important.

La case départ, c'est un endroit où aucun de vos accomplissements passés ne compte.

Quentin Tarantino

Pouf , pouf...j’efface tout et je recommence.

Trois mois se sont écoulés depuis l'annonce fatidique, trois mois de stand by, de réflexion, de tout et de rien, d'interrogations, de fuites, de besoin de réponses, trois mois où j'ai été tenté à plus d'une fois de me dire « bon bah, quoi...retour à la case départ, c'est tout, rien d'autre, pas de quoi en faire un fromage, de se mettre martel en tête pour si peu, ça faisait partie des possibilités, tu t'y étais préparée...alors...

Fais l'autruche, tu sais si bien le faire !

…. … … ...

Bref...j'ai laissé s'écouler des lustres avant de continuer ce post,..

Des débuts de J et des poussières, que dis-je, des dizaines de commencement, des envies de continuer à raconter, vite tuées dans l’œuf !

J'étais hors sujet. J'étais plus dans la tranche de vie sous quadrithérapie. Je n'étais plus intéressante.

De quoi j'allais parler ? De ma petite vie, de mes petites misères qui sont passagères parce que je ne m'en fais pas !

Comment le seul échec des cobayes de Cochin allait pouvoir remotiver le troupeau d'hépatants , prêt à se surpasser pour arriver en terre promise.

Déjà que c'était pas gagné avant, alors là...avec mon bonnet d'âne, j'avais l'air de quoi, j'étais qui pour la ramener, de quelle légitimité pouvais je prétendre ?

J'en étais à ce genre d’élucubrations quotidiennes quand ce matin, d'un seul coup d'un seul, brutalement, j'ai eu une révélation, une apparition !

C'était pas la vierge, je vous rassure tout de suite, même si , effectivement, ça porte à confusion.

Ah bah oui, m'appelant Marie, née le jour de Noël, avec une libido avoisinant les 0,5 sur l'échelle de Richter,ça fait quand même quelques similitudes. Donc , non c'était pas la vierge, juste moi, avec ma tronche à moi, la nouvelle moi avec sa coupe courte et sa ligne haricot vert maintenue sans grand effort, de quoi satisfaire mon cher Herr professeur qui n'aime pas que nous cumulions les causes de morbité. Plombée, soit, mais svelte ! Comme quoi Tanguy ne pèse pas bien lourd, il sait se faire discret. Il a quand même failli être mis à la porte définitivement, il se tient sur ses gardes, pas de vague. Les cinq mois dehors l'ont fait flipper, je le connais, c'est un malin. Eh puis on arrive dans la période d'hiver,il ne pourra plus être expulser, donc...

Donc moi, disais-je. Est-ce que le fait d'avoir échoué dans ma démarche protocolaire me retirait le statut de Vip ?

Quelle andouille j'étais, évidemment que, positive ou négative, je restais bien une very importante patiente, une super Vip même, puisque j'étais toujours là. Comme plein d'autres, beaucoup d'autres...si c'était pas grisant !

Pas besoin de carotte pour que nous continuions notre route, nous sommes des anges de patience et de miséricorde, pas des ânes bâtés.

Alors, Vip un jour, Vip toujours.

Un point, c'est tout.

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Publié le 6 Mars 2013

J 220 Entière

Mon corps est un jardin.

Ma volonté est son jardinier.

W.Shakespeare

Mardi 26 février

Il y a 10 jours, j'ai laissé mon merdier derrière moi. J'ai claqué la porte, mis la clé à l'endroit habituel, au cas où., et je suis partie vers l'aéroport, direction le Sri Lanka.

Pas de nouvelles de Cochin, mais est-ce vraiment si important, est-ce que j'en veux vraiment, peut-être que je n'en veux plus...

Mon impatience de ces derniers mois s'est furieusement estompée. Je n'attends plus rien, plus rien qui puisse me réjouir assez, vraiment, alors...

Autant réintégrer cet état qui me convient si bien et me sied à merveille, celui qui m'a toujours permis de tout traverser sans broncher, ou par intermittence, ma bulle de confort absolue, résumée en un seul mot, la distanciation.

C'est mon atout majeur.

Quoiqu'il se passe, j'ai en ma possession la meilleure carte qui soit. Je ne jette pas l'éponge, je pose l'excuse, c'est tout. Je passe mon tour, je me donne le temps de réflexion nécessaire afin d'appréhender au mieux, la fin de la partie.

Il faut croire que parfois, la vie nous réserve bien des surprises …

Ce matin, à 7 heures, j'ai grimpé sur les rochers surplombant la jungle afin d'atteindre un petit temple, tout petit, un tout petit temple où ne vivent que trois moines, pas la place pour un de plus.

Le plus âgé se tenait à l'entrée, un immense sourire illuminait son visage buriné et les quatre dents qui restaient dans sa bouche lui donnaient une bille de clown goguenard. Il rayonnait.

Au moment où je me penchais vers lui afin de le saluer, il était minuscule, il a tendu sa main et m'a caressé la tête, du front jusqu'à la nuque, puis, comme s'il voulait accompagner ma marche, a posé sa grande main noueuse au niveau de mon omoplate et m'a gentillement donné une tape affectueuse.

Le simple contact de cette vieille main sur mon corps fatigué par ces derniers mois, m'a bouleversé.

J'ai faillit fondre en larmes, comme ça, là, brutalement, la déferlante.

J'ai fait en sorte que le barrage ne cède pas, ai colmaté les brèches, me suis pas déversée, pas répandue, mais le raz de marée était bien là, prêt à tout dévaster sur son passage.

Cette simple caresse bienveillante d'un vieillard me replongeait dans l'état du petit enfant à qui l'on donne un gros bisou parce qu'il s'est fait un gros bobo.

C'est fini, voilà, voilà, ça va aller, ça va aller...

Du bon, du doux, du tendre.

J'ai réalisé à quel point le traitement m'avait éloigné de mon écorce, obsédée que j'étais par la seule chose qui m'importait, mes résultats sanguins. Six mois où je m'étais réduite à ce qui circulait dans mes veines. Mon corps avait été malmené et plutôt que de le rasséréner par une simple caresse, je l'avais méprisé , oublié, et traîné comme un boulet.

Est-ce que j'en suis complètement responsable ?

Nos protocoles restent des protocoles moléculaires, pas beaucoup de douceur dans tout ça.

C'est à nous de faire bien attention de ne pas nous perdre de vue...

Je l'avais oublié, bien oublié.

Merci cher vieil homme, de me l'avoir rappelé.

Vous avez transformé ma journée.

Je suis redescendue sereine.

Je le suis encore...

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Publié le 9 Février 2013

J 195 Le mouvement perpétuel.

Y'a des jours,

On se lève du mauvais pied.

Inutile de chercher l'autre,

Il s'est barré.

Y'a des matins comme ça,

Vaudrait mieux pas se lever.

Y'a des jours,

On ne voit plus ce qui nous entoure.

On a mis sa tête dans le noir du four.

Y'a des matins comme ça, y'a des matins comme ça...

Vaudrait mieux se recoucher.

On se regarde de travers,

Ca fait pas notre affaire.

On a la tête toute chiffonnée,

On trouve pas le fer à repasser.

Y'a des matins comme ça,

On est dépité.

Y'a des jours,

On voudrait être un peu plus vieux.

De quelques heures,

Juste pour se sentir mieux.

Y'a des matins comme ça, y'a des matins comme ça...

On se console comme on peut.

On reprend nos petites habitudes,

Remplis de certitudes.

On peut pas changer d'attitude,

Ca pue la grande lassitude.

Y'a des matins comme ça,

On se caricature.

Y'a des jours,

Où je veux quand même y croire.

Je remets du lait,

Dans mon café noir.

Y'a des matins comme ça, y'a des matins comme ça...

On reprend espoir.

Je vais retrouver mon autre pied,

Je lui offrirai un beau soulier.

Un confortable, un doux bien moultonné,

Jamais plus il voudra s'en aller.

A nous deux on va bien avancer… du même pas et du même côté…je vais prendre mon pied...

Yeah...Je vais prendre mon pied...

Pam pam pam, pam, pam lala lala, pampampam, pam...

Lala lala...

Lala lala...

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Publié le 8 Février 2013

J 194 Qu'est-ce qu'on mange ?

Le sage n'attend rien, n'espère rien, il évite donc les déceptions et toute occasion de murmure et de trouble.

Alexandra David Néel

En suis-je ?

Ce n'est pas vraiment ainsi que je me qualifierais. Sans illusions, soit, mais sage... !

Je ne ressens rien, une carapace en béton armée m'a engloutie en une seconde. Rien ne m'atteint, rien ne me touche plus, rien en ce qui me concerne, je suis devenue imperméable à ma propre personne, une entité en pleine abstraction de son propre corps.

Hier, en arrivant à Cochin, pour faire mon bilan du premier mois sans maman Quad, une jeune femme attendait elle aussi, pour faire son examen.

Elle m'a regardé, un énorme sourire a éclairé son visage, elle rayonnait.

Me fixant toujours, je voyais qu'elle brûlait d'envie d'engager la conversation mais qu'elle n'osait pas. Elle restait là, figée dans ce sourire incroyablement bienveillant.

Je pris les devants.

-Vous êtes là pour le protocole ?

-Oui, je suis là comme vous pourr le prrotocole …

Ah cet accent slave de mon enfance, du miel pour mon petit cœur, je l'aimais déjà.

-Et vous avez terrminé !

-Bah oui, mais comment vous savez ?

Je vous ai rregarrdé à la télé, j'ai commencé le jourr d'aprrés, vous le jeudi, et moi le vendrredi.

Dites Madame Marrie, vous prrenez d'autrres choses que le trraitement, moi je ne mange pas de frrites ni de mouton, je ne veux pas mourrrir, je l'ai dit à mon marrri, je ne veux pas mourrrir. Surrtout que j'ai deux enfants.

-Mais vous n'allez pas mourir, ne vous inquiétez pas, vous pouvez manger des frites, enfin je crois, et l'important c'est que votre traitement fonctionne, après ça ira.

-Mes rrésultats sont bons, on verra pourr les prrochains.

-Ne vous faites pas de soucis inutilement, ça va aller, ça va déjà, allez, tout va bien se passer.

-On se reverrra Madame Marrie dans deux mois ?

-Je l'espère, on papotera.

-J'aimerrais bien. Je viens de loin et...

C'était mon heure de rendez-vous, le médecin m'attendait. Moi aussi.

En entrant dans le bureau, je pensais à cette rencontre, à la grande solitude des patients, à ce drôle de système où seul le corps était pris en charge et où le mental se débrouillait comme il pouvait, avec ce qu'il pouvait.

Je pensais à toutes les petites choses simples qui pourraient être mises en place pour que les patients puissent d'avantage, s'ils le désiraient, échanger ensemble, je pensais, je pensais, mais l'heure n'était pas aux divagations constructives sur l'amélioration de nos conditions de patient, l'heure était celle de me prendre en pleine face, ce que je pressentais déjà. -Ah...euh...vous êtes de nouveau détectable mais inquantifiable. C'est incroyable, juste au dernier mois, ça peut être une contamination du prélèvement au labo, un pic, un...

Voilà, fin de l'histoire. Suis allée ce matin faire un bilan au labo d'à côté. Tanguy est bien revenu, et il a repris ses aises.

Je ne vous l'avais pas dit mais je suis une bonne cuisinière et ma maison est chaleureuse, on a du mal à la quitter, on s'y sent comme chez soi.

Qu'est-ce que je peux dire, il n'échappe pas à la règle, il n'a pas apprécié d' être ailleurs. Je lui manquais.

Je n'ai pas de mari à rassurer, j'aime mon enfant et je veux moi aussi la préserver.

Je retourne tout simplement à ce que je connais par cœur.

Je n'ai pas peur.

Est-ce que je ne veux pas mourir ?

Là n'est pas la question, c'est irrémédiable, mais j'ai encore le temps, suis pas pressée, et pas encore assez désespérée.

Je mangerais bien une bonne frite avec une tranche de gigot...Non je déconne, j'aime pas ça !

En attendant, l'aventure continue. Dans une semaine, je teste une cure ayurvédique au bout du monde avec massage, yoga, nourriture bio et végétarienne, et le toutim...luxe et volupté...whaou... ! 

Ça, c'est du protocole... !

Je vous raconterai.

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Publié le 22 Janvier 2013

J 177 Tombe la neige.

 Selon les statistiques, il y a une personne sur cinq qui est déséquilibrée. 

S'il y a 4 personnes autour de toi et qu'elles te semblent normales, c'est pas bon...

JC Vandamme

Sacré JC, t'en as de ces idées. Voilà, maintenant ça me turlupine, c'est malin.

Qu'est-ce que j'en sais moi, si je suis normale ou pas, ça ressemble à quoi quelqu'un de normal...? Cela fait quatre jours que je comtemplative devant la neige qui tombe et que j'ai pas vu un chat. D'accord, si, juste un. Et encore, c'était pas une visite de courtoisie, mais plus un " j'arrêterais de couiner devant ta fenêtre quand tu m'auras donné de quoi me sustenter ", un miaou-miam-miam-miaou-ciao.

Tombe la neige, tu ne viendras pas ce soir... !

Tombe la neige, et c'est tout.

Comment je vais savoir, je compare avec qui ? Entre moi et moi, le choix est cornélien... !

Quoique...si j'étudie mon sujet avec minutie, quelques changements notoires ont fait leur apparition depuis l'arrêt de la quadrithérapie.

Je ne parlerais pas du départ définitif hypothétique de Tanguy, puisque 12 jours après avoir rendu mon tablier de cobaye, je ne connais toujours pas mes derniers résultats.

Nonobstant cet état de fait, je constate, des différences manifestes sur mon état général et particulier.

Je suis épatée,impressionnée et subjuguée, par notre capacité d'adaptation et notre flexibilité .

Nous sommes des êtres extrêmement accommodants.

Pendant 6 mois je suis passée d'un 3 pièces à une chambre de bonne, sans moufter, presque sans m'en rendre compte. C'est seulement, depuis que j'ai réintégré mon logement au complet, que je le réalise.

Un truc de dingue. C'est fou la place que ça prend un traitement...ou ce sont tes murs qui rétrécissent, ou toi, qui comme Alice, a mangé un drôle de champignon, sauf que t'étais pas au pays des merveilles.

Bref, à peine 3 jours après l'adieu à l'interféron et toute sa clique, mon cerveau s'est définitivement dégagé de la brume qui lui scotchait les neurones.

Bye bye la chape de plomb.

Hello la terre, je te vois, eh eh, et oui, avec les détails, en 3 D et tout. La neige est bien à l'extérieur.

Dans mon corps aussi...! N 'importe quoi..c'était pas de la neige,mais du coton...t'as jamais vu de camisole ou bien ?

Passons...

Bye bye les crispations musculaires, le triangle douloureux et omniprésent entre les omoplates et le bas du dos, bye les crampes.

Bye la migraine, bye la nausée, bye les horaires fixes, bye l'angoisse d'oublier ses médocs, de ne pas en avoir toujours avec soi au cas où.

Bye les coups de pompes de 13h, 15h, 18h, 22h, bye les insomnies.

Bye les essoufflements, bye mes cheveux,bon,ça c'est pas terrible, mais ça faisait partie du package.

Bye les absences sauvages à répétitions...

Bye le poison, bye le poison, bye le poison...!

Exaltée, par tous ces adieux, nécessaires à la récupération de mes morceaux, quelque peu disséminés par la chère Quad , trois jours à peine après l'arrêt du traitement, j’arrêtais de fumer.

Bye poison ou pas bye poison … !

C'est extra, génial, formidable...suis super motivée, j'adore...enfin presque. !!!!

Hello, la migraine, hello la nausée, hello le mal de gorge.

Hello les insomnies,hello le speed .

Hello les razzias dans le frigo.

Hello la méthode coué.

Repeat after me : Bye le poison, bye le poison, bye le poison...bye...

Eh...Tanguy...t'as le droit de te sentir concerné, c'est valable pour toi aussi.

Bye le poisson...euh zut, le poison...motivée...super...

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Publié le 2 Janvier 2013

J 158 Dernier acte, pas épilogue .

Dans la vie quand on pense que le dernier acte est arrivé, on s’aperçoit souvent , que la pièce ne se comprend pas sans son épilogue.

Richard Joly

J'y suis, le dernier acte, l'ultime, le définitif, le sans rappel.

Encore 8 jours pleins à continuer de tenir mon rôle dans cette incroyable production internationale de 390 acteurs. Pas de prolongation de contrat possible, j'ai signé pour 6 mois, et pas un jour de plus ne me sera accordé.

Encore 8 jours dis-je, mais je pense, plus que 8 jours.

Me suis glissée dans la peau du personnage avec une facilité déconcertante. J'ai apprécié ses failles, ses dysfonctionnements, ses troubles, ses doutes, exaspérés par le traitement soit, mais si proches de moi, de ce que je ressens depuis tellement longtemps.

J'avais enfin ma couverture, je pouvais baisser la garde et ne plus avoir peur de montrer mes faiblesses. Qu'en sera t-il quand le rideau se refermera, quand je quitterai la lumière, privée de mon travail de bon petit cobaye.

Je suis inquiète.

Les résultats de la fin du cinquième mois sont tombés le 31 décembre, des résultats pour bien terminer l'année : indétectable. Encore un bon point, et j'imagine, enfin, j'espère, qu'il en sera de même au tomber de rideau.

Alors pourquoi cette inquiétude ?

Sans doute que la perspective de vivre le prochain semestre dans le monde impitoyable du compte à rebours, me file le spleen.

Devoir encore et toujours , attendre, juste attendre, en essayant d'y penser le moins souvent possible, se concentrer sur tous les signes positifs du changement bénéfique, annoncé sur ma petite personne,oui, oui oui, euh... non, non, désolée, cela ne m’excite pas !

6 longs mois avant de connaître enfin l'épilogue. C'est énorme.

Plus de béquilles médicamenteuses, que moi avec moi, mon corps, mon organisme, mon sang, mes neurones, ma machinerie à l'état brut...bah dis donc...il va falloir me faire confiance, c'est pas rien, j'ai mon devenir entre les mains et j'ai peur de tout faire foirer.

Ce serait vraiment trop bête.

M'en fiche des bons points, à la moindre connerie , on peut te les reprendre.

Alors que si tu as obtenu ton image, c'est fini, on ne peut plus te demander de la rendre. Elle est à toi. Donner c'est donner, reprendre, c'est voler !

Me reste 8 jours pour m'acheter une jolie bassine, une éponge toute douce, et un savon délicatement parfumé . J'ai décidé de me faire confiance.

Je laverai le visage de mon avenir.

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Publié le 24 Décembre 2012

J 150 C'est pas la fin du monde.

La légèreté est nécessaire sinon le tragique serait mortel

Yasmina Reza

Oh temps suspend ton vol !

Ce vendredi 21 décembre, contre toute attente, mayas obligent, une belle surprise m'attendait.

Rien ne le présageait.

Les vapeurs liées à l'administration de l'interféron, commençaient à se faire sentir, plus de 10 jours qu'on nous bassinait avec les allumés de la fin du monde et les misères du gros Depardieu.

Ne me restait plus qu'à me précipiter chez mon fournisseur officiel de la drogue bout filtre qui accompagnerait mes bols de tisane en solitaire.

Ça fleurait bon la future éclate à plein nez !

Petit coup de fil sur le chemin à une de mes comparses, hépatante, papoti papota, avant que nous ne réalisions que plutôt que de se parler en ligne, je pouvais faire les 800 mètres qui nous séparaient et mettre l'image sur le son.

Quelle bonne idée, quelle évidence...

C'est incroyable comme on peut se couper des autres lorsqu'on est sous traitement. On s'isole, on ne veut pas se faire remarquer, on devient feignant aussi, pas envie de faire d’effort, on est mieux chez soi, peinard, sans avoir besoin de faire semblant, parce que pas l'énergie d'avoir à se justifier, de s'expliquer sur un truc qui n'est pas explicable, tout simplement.

Par la force des choses, ça met de la distance, distance momentanée mais inévitable et presque indispensable. On se protège. C'est tout.

La porte à peine ouverte, un sourire chaleureux et joyeux m’accueillait. Un vrai regard aussi, sans concession, honnête et comparatif , on est des filles... !

Quel confort, une bulle sans masque, du lâcher prise.

Pouvoir parler et échanger sur notre nouveau quotidien, nos ajustements, nos adaptations, sans craindre d'ennuyer l'autre . C'est compliqué de continuer à être dans un rapport naturel et habituel avec les autres, le coton qui t'envahit est étrange, tu es là, sans l'être jamais tout à fait.

Tu as perdu la globalité de ton être, éparpillé, façon puzzle...le traitement c'est Raoul, il dynamite,il disperse, il ventile...y'a des réveils pénibles, oh que oui...ça rigole pas tous les jours.

Mais des fois, si !

Et ce soir là aussi. Petit verre , tout petit, d'une vendange tardive, petite dînette, et rigolade sur nos seringues d'EPO, d'Interféron, de vraies toxicos .

Allez ma poule, fais passer le Doliprane !

C'était épique et drôle.

Il y a bien les potes qui se font les apéros du vendredi soir, alors pourquoi pas, pour nous, les injections. Dans les deux cas, le poison est légal.

C'est fou comme ça dédramatise la situation et la rend même cocasse.

Dommage d'y penser si tard, ne me reste plus que deux injections dans le réfrigérateur, enfin 4 avec le dopage.

Le 4 janvier, dernière injection, le 10, mes adieux à tonton Asuna et tata Daclasta, la mère Riva, aussi, et après...après...après...

Avant cela, il a le 25 décembre et je vous l'avez déjà signifié, le malade est un peu égoïste.

Alors comme charité bien ordonnée, commence par soi même, je me souhaite un bon anniversaire.

Je sais, j'ai un jour d'avance....c'est pas de ma faute...c'est le traitement... !

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Publié le 17 Décembre 2012

J 144 Un jour pour rien.

Quand un monde de déceptions et d'ennuis s'abat sur vous, si l'on ne s'abandonne pas au désespoir, on se tourne soit vers la philosophie soit vers l'humour.

Charlie Chaplin.

Samedi était la deuxième journée nationale d'information pour les patients et leur famille sur l'hépatite B et C.

Allez, courage ma vieille, me dis-je, ce samedi 15 décembre, un petit effort, c'est important.

Après un petit pomponnage en règle, on a sa dignité, après avoir réussi à faire démarrer ma saleté de moteur de bateau qui n'en fait qu'à sa tête, déposé ma fille au lycée, j’enquillais les 50 km qui me séparaient de la grand messe tant attendue. Une heure pour trouver un semblant de place, pour se garer, et j'entrais enfin, avec dix minutes de retard, dans l'amphi qui accueillait cette manifestation .Tout allait bien, ma Rose, ponctuelle, me gardait un siège à ses côtés .

J'allais enfin pouvoir croiser d'autres hépatants, échanger, et pourquoi pas, sympathiser ...tout peut arriver.

Ah...euh...qu'est-ce que...oh...bah..non...si...késako...rêvais-je...devais-je me pincer...c'était ça la journée nationale... ???

185 000 hépatants en île de France, j'étais à Paname, capitale de la France entière, la city, là où tout se passe, le cœur du pays,et...et...et...j'ai eu beau compter, recompter, regarder si certains ne s'étaient pas planqués sous les sièges, ou tout simplement, en étaient tombés, trop assommés par l'interféron...

Je recommence, un deux, trois...40, nous étions quarante... ! C'était quoi ce gag... ! 40 pelés à avoir bougé ses fesses, pour que ça bouge, justement. Bon, on allait pas se démoraliser pour si peu, l'important n'étant pas la quantité mais la qualité des interventions et des conseils précieux que j'allais pouvoir en retirer et partager avec mes adorables lecteurs.

Zzzzz Rrrrr...Blablabla...Argh...Sluuurp...Pffffuuut....Blabla...ZzzzzRrrrr...Grrrr....Spaf...Pof...Pouf...Bof...ZzzzzRrrrr....

Voilà, tout est dit, peux pas mieux résumer.

L'équipe soignante, à l'écoute, patiente,pédagogique, aimable et rassurante, était égale à elle même.

Ce qui est annoncé n'est que ce que l'on connaît déjà, ils nous on déjà bien briefé, et, en ce qui me concerne, ont toujours répondu à mes interrogations, au moment opportun.

Donc du côté des protocoles, pas de bouleversement dans la suite des événements. Toujours, le traitement classique, la trithérapie, l'utilisation de l'interféron pour la plus part des génotypes, et une quadrithérapie efficace, mais qui,hélas, est toujours en phase d’essai clinique.

Côté patients...chacun est dans sa bulle, rempli de sa propre expérience, pour ne pas dire suffisance...l'hépatite C, c'est leur truc, leur statut, ils maîtrisent,sont incollables, ils savent tout sur tout,en ont fait leur spécificité, leur spécialité, ils... ils... ils...

Toi ? Bah toi, on s'en tape. Personne ne vient te voir, te parler, bref, là, pas là, c'est du kif kif.

Me sens pas au bon endroit, limite, hors circuit, hors norme, j'ai même pas eu la moindre petite hémorroïde en trois traitements, c'est dire...je manque de crédibilité. Je bondis à l'écoute de certains propos mais je ravale ma chique, à quoi ça sert d'intervenir, chacun voit midi à sa pendule...Oui une biopsie du foie c'est pas ce qu'il y a de plus excitant mais bon...oh...on arrête un peu de se la jouer martyr..En trente ans, j'en ai fait une et j'étais anesthésiée localement. M'en suis remise, pas de traumatisme à vie, j'ai pas vécu le Tsunami non plus.

Accoucher, ça fait mal, une rage de dents, une bonne sciatique, un lumbago...un chagrin d'amour...

Suis rentrée chez moi, déçue, un peu énervée aussi, plus vide en sortant qu'en arrivant.. Il était 15 heures, j'avais eu de la chance, ma voiture ne s'était pas faite embarquer par la fourrière. A part mon temps, je n'avais pas tout perdu !

Rose, Habfab, Job, Eve, Lilly, Ozias, Laure,Josiane, Fabio Jacques,,Nanou, Christine, Maria....

Merci à vous, votre présence est essentielle,et nos échanges sont des trésors de réconfort.

Virtuel, vous avez dit virtuel....Je pouffe.

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Publié le 2 Décembre 2012

J 127  Oui, c'était bien J 127.

La sortie de secours est à l'intérieur de nous- mêmes.

Julien green

Oui, très bien, super, mais où ?

C'est qu'il est vaste notre intérieur, il y en a des rues, des artères, des circonvolutions, des ponts, des fleuves , des rivières, des boyaux, des alvéoles, des tripoux, des viscères, des fluides, des moins fluides, des neurones, de la boue, de la merde...aussi...

Manquerait plus qu'ils nous l'aient collé dans les intestins, manquerait plus que chez moi, ils aient oublié d'en mettre une. Même pas sure qu'il y ait une garantie décennale...

C'est clair, je suis en vice de forme, et pour le coup, j'y suis vraiment dans la mouise !

Voilà, tout est dit, j'en suis là. Je cherche ma sortie de secours. C'est une occupation comme une autre.

Parce que, à part m'abrutir au boulot, j'ai rien foutu depuis 17 jours. Pas écrit une ligne. Queude, nada, peau de zébi, walou, tintin, des nèfles, niente, que t'chi, nib de nib, des clous, peau de balle et balai de crin, pas la queue de, macache, pas plus de X que de vives truites au Bas-Meudon, rien, vous dis-je, rien de rien, le néant, non, la déferlante sans défervescence, du grand n'importe quoi.

Un florilège de pensées confuses sans aucune consistance réelle. Du remplissage de cerveau pour étouffer l'angoisse que continue de provoquer la sempiternelle attente des résultats.

17 jours à voir dans chaque signe physique, celui de ma rechute potentielle, et, à m'en persuader.

Et ça marche...du feu de Dieu...j'ai une force de persuasion à toute épreuve.

Mon nez qui coule, un signe.

Des frissons, une preuve.

Quelques pics sous les côtes, le début de la fin.

La nausée, la migraine, une charge virale qui est remontée à fond, c'est évident.

Le corps en grande lassitude, un éternuement, t'es foutu.

T'as froid, t'as chaud, tu noies tes draps, CQFD, tu le savais, ça marchera jamais pour toi, t'es pas aux normes, t'as pas de porte de sortie...merde, et remerde...c'est trop con.

Tu abandonnes tes insomnies que tu trouvais joyeuses et tu reprends ton petit vélo. Tu pédales, tu pédales, et tu t'enfonces sur le chemin que tu connais parfaitement, celui de la culpabilité.

Tu cherches où t'as déconné, parce que t'as parfois déconné. Le mythe de la patiente compliante en permanence...un mythe quoi.

Les médocs à heures fixes...approximativement. Il y a l'heure d'été, puis l'heure d'hiver, puis, celle où tu dors du sommeil du juste et qui arrive quand ça veut bien, et puis toutes les autres contingences. Tu fais au mieux, t'es pas stupide non plus, mais bon, c'est pas tout à fait comme ils disent.

Une alimentation saine...ça change pas de mon quotidien habituel, alors...traitement ou pas, quand on me propose un bon petit foie gras, et je ne parle pas du mien qui est tout à fait svelte, ou, un super plateau de fromage...là on ne plaisante pas avec le bon goût, faut pas compter sur moi pour tout gâcher avec un fanta ou soda de mes deux...je m'insurge, objection votre honneur! C’est pas humain. Trop, c'est trop. Un petit côte rôti...un petit...juste un. Oh, eh, ça va, je ne me suis pas envoyée la bouteille, et c'était exceptionnel...je ne vais pas avoir tout faux pour un petit coup de rouge, désiré, apprécié, et assumé !

Alors, vous allez me les donner mes résultats, oui ou zut, j'en reviens pas de rester polie... ! C'est bon là...Oh...Il y a quelqu'un..?.La marinade commence à tourner, j'ai pas envie de puer l'aigreur, pas envie qu'elle s'incruste et que je n'arrive plus à m'en débarrasser. Pas envie,cela n'est pas moi, tout simplement.. Vous n'avez pas le droit de me changer. Je veux continuer à sentir la poudre de riz d’antan, c'est ça mon odeur, pas une autre, aucune autre.

Nuit infernale, douleur qui irradie de la mâchoire au sinus dans une tranchée bien nette. J'ai bouffé du clou de girofle et frotté mes gencives à l'huile essentielle d'arbre à thé pendant des heures. J'ai un très bel abcès. Encore un signe de mon départ vers la déconfiture ?

Pour le moment , si départ il y a, c'est pour les urgences dentaires. Comme je l'aime ce dentiste qui me soulage en deux temps, trois mouvements, un amour, mon héros du jour. Ma joue droite est toujours gonflée mais c'est vraiment plus ça l’essentiel.

Ah, j'ai reçu un mail... de Cochin...enfin...D'avoir mis si longtemps pour me communiquer mes résultats, ça craint, bah oui, faut pas me la faire, ça craint à mort.

Résultats fin de semaine 16 : charge virale indétectable !

J'adore ma joue gonflée, elle me donne un profil droit d’adolescente,une jolie joue ronde. Il me faudrait la même de l'autre côté.

Elle est belle comme un cœur. Elle est belle comme mon cœur... !

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Rédigé par VIP du VHC

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