J 220 Entière
Publié le 6 Mars 2013
Mon corps est un jardin.
Ma volonté est son jardinier.
W.Shakespeare
Mardi 26 février
Il y a 10 jours, j'ai laissé mon merdier derrière moi. J'ai claqué la porte, mis la clé à l'endroit habituel, au cas où., et je suis partie vers l'aéroport, direction le Sri Lanka.
Pas de nouvelles de Cochin, mais est-ce vraiment si important, est-ce que j'en veux vraiment, peut-être que je n'en veux plus...
Mon impatience de ces derniers mois s'est furieusement estompée. Je n'attends plus rien, plus rien qui puisse me réjouir assez, vraiment, alors...
Autant réintégrer cet état qui me convient si bien et me sied à merveille, celui qui m'a toujours permis de tout traverser sans broncher, ou par intermittence, ma bulle de confort absolue, résumée en un seul mot, la distanciation.
C'est mon atout majeur.
Quoiqu'il se passe, j'ai en ma possession la meilleure carte qui soit. Je ne jette pas l'éponge, je pose l'excuse, c'est tout. Je passe mon tour, je me donne le temps de réflexion nécessaire afin d'appréhender au mieux, la fin de la partie.
Il faut croire que parfois, la vie nous réserve bien des surprises …
Ce matin, à 7 heures, j'ai grimpé sur les rochers surplombant la jungle afin d'atteindre un petit temple, tout petit, un tout petit temple où ne vivent que trois moines, pas la place pour un de plus.
Le plus âgé se tenait à l'entrée, un immense sourire illuminait son visage buriné et les quatre dents qui restaient dans sa bouche lui donnaient une bille de clown goguenard. Il rayonnait.
Au moment où je me penchais vers lui afin de le saluer, il était minuscule, il a tendu sa main et m'a caressé la tête, du front jusqu'à la nuque, puis, comme s'il voulait accompagner ma marche, a posé sa grande main noueuse au niveau de mon omoplate et m'a gentillement donné une tape affectueuse.
Le simple contact de cette vieille main sur mon corps fatigué par ces derniers mois, m'a bouleversé.
J'ai faillit fondre en larmes, comme ça, là, brutalement, la déferlante.
J'ai fait en sorte que le barrage ne cède pas, ai colmaté les brèches, me suis pas déversée, pas répandue, mais le raz de marée était bien là, prêt à tout dévaster sur son passage.
Cette simple caresse bienveillante d'un vieillard me replongeait dans l'état du petit enfant à qui l'on donne un gros bisou parce qu'il s'est fait un gros bobo.
C'est fini, voilà, voilà, ça va aller, ça va aller...
Du bon, du doux, du tendre.
J'ai réalisé à quel point le traitement m'avait éloigné de mon écorce, obsédée que j'étais par la seule chose qui m'importait, mes résultats sanguins. Six mois où je m'étais réduite à ce qui circulait dans mes veines. Mon corps avait été malmené et plutôt que de le rasséréner par une simple caresse, je l'avais méprisé , oublié, et traîné comme un boulet.
Est-ce que j'en suis complètement responsable ?
Nos protocoles restent des protocoles moléculaires, pas beaucoup de douceur dans tout ça.
C'est à nous de faire bien attention de ne pas nous perdre de vue...
Je l'avais oublié, bien oublié.
Merci cher vieil homme, de me l'avoir rappelé.
Vous avez transformé ma journée.
Je suis redescendue sereine.
Je le suis encore...